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Réflexion sur les modèles d'affaires de la culture libre

Avec le succès de l'encyclopédie libre Wikipédia ou la diffusion croissante des licences Creative Commons sur Internet, de nombreuses interrogations se font jour sur la culture libre. De quoi s'agit-il réellement ? Quels sont les enjeux ? Comment la pratiquer ? Peut-on en vivre ? C'est sur cette dernière question que nous vous proposons une réflexion.

Par Robert Viseur (site)


Logiciel libre, culture libre et copyleft

Par culture libre, on entend généralement des oeuvres de l'esprit (films, livres, articles, peintures, photographie, musique, etc) soumises à des licences telles que la GNU Free Documentation Licence, la licence Art libre ou une licence Creative Commons.

Le terme "libre" est dans ce cas contestable. En effet, même si la transposition aux oeuvres culturelles des 4 libertés définissant le logiciel libre n'est pas chose aisée, il paraît clair qu'il n'y a pas de liberté dès lors qu'il y a une entrave à la modification de l'oeuvre ou une restriction d'utilisation. C'est pourtant le cas de certaines licences Creative Commons, interdisant la modification et / ou l'usage commercial. L'opposition entre le libre et le propriétaire s'exprime classiquement à travers la formule 'all rights reversed' plutôt que 'all rights reserved'. Creative Commons est intermédiaire; sa philosophie peut se résumer par 'some rights reserved'.

Deux grandes classes de licences libres existent : les licences permissives (dites aussi académiques) et les licences gauches d'auteur (copyleft, par opposition à copyright). Cette deuxième catégorie impose que toute oeuvre dérivée soit distribuée sous la même licence que l'oeuvre d'origine. Une licence gauche d'auteur garantit donc la liberté de l'oeuvre, alors que la licence académique préserve la liberté de l'utilisateur.

La nature "gauche d'auteur" d'une oeuvre influence bien sûr les modèles économiques applicables. Dans le domaine du logiciel, si les licences permissives permettant tout autant la vente de produits (licences, adwares, etc) et de services (installation, formation, intégration,...), les licences gauches d'auteur conduiront plus naturellement à des stratégies de services, car un avantage produit sera très difficile à maintenir. Dans le cas d'oeuvres musicales, on entendra par exemple, pour le produit, la vente de cédés et cédéroms, et pour le service, la prestation de concerts.

Quelle validité juridique ?

Une licence doit être valide d'un point de vue juridique. De ce point de vue (et pour éviter une prolifération de licences), mieux vaut s'en remettre aux principales licences de culture libre connues (AL, GFDL et CC). Une mention particulière est peut-être à accorder aux Creative Commons. Ces dernières ont été élaborées à l'initiative d'un éminent juriste américain (Lawrence Lessig) et a fait l'objet d'une adaptation par des spécialistes du droit dans différents pays dont la Belgique. Les risques de divergences des différentes transpositions nationales sont limités par des rencontres de coordination entre les organismes (comme le CRID en Belgique) travaillant aux traductions nationales.

Gardons par ailleurs à l'esprit que les licences ne sont pas systématiquement compatibles entre elles !!! Ainsi, réaliser une oeuvre dérivée d'un original sous AL et la composer avec un élément sous CC-NC ne sera pas possible.

Vivre de la culture libre

On ne devrait pas voir dans la culture libre une nouvelle méthode miracle pour les petits artistes gagner plus d'argent mais plutôt un moyen de réduire les coûts, de changer les pratiques culturelles et d'expérimenter de nouveaux modèles d'affaires.

La réduction des coûts peut être atteinte à la promotion de l'oeuvre. En effet, la diffusion gratuite (sous licence CC-NC ou CC Share Music par exemple) de quelques morceaux de musique sur un site Internet ou via les réseaux P2P peut être un puissant levier publicitaire et devenir un générateur de ventes. A la création, l'utilisation de morceaux musicaux à des fins de sampling (sous licence CC Sampling) permet de s'affranchir d'un casse-tête juridique en matière d'obtention des droits.

Le changement de pratiques (souvent lié à la mondialisation, au brassage des cultures et à la popularisation de l'Internet) intervient notamment au niveau de la création collaborative d'oeuvres (wikis, blogs collectifs, etc), pour laquelle le droit d'auteur classique peut se révéler peu adapté, ou de la facilitation de la création d'oeuvres dérivées (peintures, musique, etc). L'idée est ici de créer un climat favorable à l'échange, exempt d'incertitudes et de lourdeurs contractuelles, sans pour autant abandonner tout droit.

Quant à l'expérimentation de nouveaux modèles d'affaires, elle est laissée à la créativité de chaque créateur. On voit notamment l'intérêt pour le lancement de nouveaux groupes. On pense à l'initiative française Altermusique, qui vise à distribuer en ligne la musique de petits artistes, non soumis à la SACEM (la 'Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique' impose les DRM, ce à quoi Altermusique s'oppose). La moitié des revenus sont reversés à l'artiste (contre environ 10% autrement).

Le principe de la double licence, chère au logiciel libre, peut être appliquée à de la musique ou des photographies (photographie de basse résolution sous CC-NC gratuite, photographie de haute résolution payante). Le principe est appliqué par Magnatune qui diffuse de la musique fortement compressée sur Internet et vend des copies de meilleure qualité auditive.

Jamendo, au Luxembourg, privilégie le système du don volontaire aux artistes et devrait plus se voir comme une plate-forme promotionelle. Le système de donnation (très en vogue via le système Paypal) suscite généralement beaucoup d'espoirs mais rapporte généralement très peu. Autant lui préférer la libération conditionnée au versement d'un don global, dès lors que l'on dispose d'une certaine notoriété.

Une nécessité : avoir les droits sur l'oeuvre !

Remarquons toutefois que l'application d'une licence libre (ou assimilée) nécessite d'avoir les droits sur l'oeuvre ! Ce n'est pas le cas dès lors que l'artiste est affilié à un organisme de gestion collective des droits (comme la Sabam ou la Sacem).

De même, la photographie d'une oeuvre d'art peut nécessiter le consentement de son auteur. On pense à l'éclairage de la tour Eiffel, par exemple : Cet éclairage a aujourd'hui un statut d'oeuvre d'art, ce qui signifie que si l'on peut librement commercialiser des photos de la tour Eiffel de jour, des droits d'auteur sont exigés pour en commercialiser une photo de nuit, même si on l'a prise soi-même ou fait prendre par un photographe professionnel renonçant à ses propres droits ultérieurs. Elle partage cette caractéristique avec un autre momument parisien : la pyramide du Louvre (Wikipédia).

Sources :

Posté le 17 mai 2005.


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