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[NEWSLETTER : 01-2004] JBoss et les serveurs d'applications Open Source

Java, servlet, J2EE,... : autant de technologies aujourd'hui à la mode ! Oracle, Microsoft, Sun,... : autant d'emblêmes de l'industrie du logiciel propriétaire !

Le Libre a su embrasser les technologies récentes liées à Java et possède aussi ses emblêmes. Le JBoss Group, à l'origine d'un serveur d'application compatible J2EE, en fait partie. Il est souvent cité par la presse informatique (01Net, JDNet, etc) parmi les success stories du logiciel libre : Red Hat, MySQL, etc. Il serait pourtant erroné de croire que JBoss est le seul logiciel libre dans le domaine. JOnAS fait en effet aujourd'hui office de valeur montante, grâce notamment au soutient d'organisations comme Red Hat ou l'Apache Foundation.

Différentes solutions libres dans un marché encore dominé par les solutions propriétaires (BEA WebLogic, IBM Websphere, etc)... Cette lettre d'information, centrée sur le médiatisé serveur JBoss, dresse un panorama de ce domaine en constante évolution.

Bonne lecture !

Robert Viseur, 26 janvier 2004.



[NEWSLETTER : 01-2004]
JBoss et les serveurs d'applications Open Source

JBoss, un serveur d'applications libre compatible J2EE, est souvent cité par la presse informatique comme une des success stories du Libre. Son médiatique patron, Marc Fleury, semble pourtant avoir quelques difficultés avec "sa" communauté. Face à lui, se trouvent plusieurs concurrents libres, comme le serveur français JoNas, au mode d'organisation sensiblement différent et à la progression moins chahutée, mais aussi des solutions propriétaires proposées par des ténors de l'industrie informatique comme BEA.


JBoss, un serveur d'applications compatible J2EE

JBoss est un serveur d'application compatible J2EE. Il a été créé par un ancien ingénieur français de chez Sun, Marc Fleury. Il est distribué sous licence GPL et s'est spécialisé dans les technologies EJB (Enterprise Java Beans), une des évolutions de la technologie Java favorisant la réutilisabilité des composants.

Construit autour d'une architecture modulaire, il implémente les autres fonctions J2EE, telles que les JSP et les servlets, via le moteurs de servlets libre Tomcat d'Apache (depuis la version 3.0, JBoss est fourni par défaut avec Jetty, rebaptisé pour l'occasion JBossWeb, un autre serveur servlets/JSP libre développé par la société Mort Bay). JBoss et Tomcat sont les outsiders de IBM Websphere et BEA Weblogic sur le marché des serveurs d'applications J2EE. Sun One, de Sun Microsystems, subit également sa concurrence.

JBoss, une popularité croissante

JBoss bénéficie d'une excellente diffusion. C'est le quatrième projet le plus actif sur Sourceforge (source : ZDNet, juin 2003) sur plus de 70.000. Il a déjà été téléchargé plus de 3.500.000 de fois depuis début 2002, dont 1.500.000 les 6 derniers mois. Il est utilisé par des sociétés telles que WebMethods, Arjuna, abaXX, Borland, Collaxa, Gluecode, Oak, Grove et SpiriSoft. JBoss Groupe peut d'ailleurs aligner une longue série d'accords visant à diffuser sa technologie. L'objectif de Marc Fleury est de faire de JBoss un standard technique dans le domaine des serveurs d'applications compatibles J2EE.

Quelques définitions

Java : langage de programmation développé par Sun, inspiré par le C/C++ et fonctionnant sur le principe de la machine virtuelle.

Applet : Exécuté à partir d'une page HTML, les programmes Java sont baptisés « applets »

Servlet : Exécuté sur un serveur Web, les programmes Java sont baptisés « servlets »

J2EE : Ensemble de spécifications concernant les plates formes e-business pour entreprises (serveurs d'applications), basé sur le langage Java et améliorant la portabilité logicelle.

EJB : Composants logiciels réutilisables écrits en Java et fonctionnant sur des serveurs d'applications à la norme J2EE.

Serveur d'application : Serveur hébergeant les applications destinées à être utilisées dans un réseau distribué. En comparaison au serveur de fichier qui abrite les données destinées à être téléchargées et traitées par le poste client, le serveur d'applications assume une partie du traitement.

Source : inspiré de l'Encyclopédie du Journal du Net.

De son côté, Tomcat est le serveur JSP/servlet libre le plus utilisé. Intégré au projet Apache (plus de 60% des serveurs HTTP au monde), il est notamment utilisé par Computer Associates, Borland et IBM.

Une communauté, une tête

Côté organisation, le projet JBoss, promu via jboss.org, est géré par la société JBoss Group (jboss.com). Une centaine de développeurs travaillent sur le code, dont environ 30 développeurs plein-temps employés par la société JBoss. JBoss ne se contente par ailleurs pas de suivre passivement les spécifications, puisque des développeurs JBoss participent aux comités d'experts élaborant ces spécifications.

L'Open Source est utilisé à des fins de R&D et de recrutement. JBoss rentabilise cet investissement humain par de la consultance. Dans ce cadre, JBoss bénéficie de son statut de créateur (et donc de la connaissance intime du produit, gage d'efficacité) et de la marque JBoss, diffusée avec le logiciel.

Quelques problèmes de gestion

Néanmoins, tout n'est pas rose chez JBoss.

La certification J2EE de Sun, jugée trop onéreuse par Marc Fleury, a causé un première problème. Ce problème de certification a été pendant longtemps une pomme de discorde entre la communauté du logiciel libre et Sun Microsystems. En effet, cette certification se révélait onéreuse et nécessitait l'usage de logiciels de test publiés sous licence non libre SCSL (Sun Community Source Licence) incompatible avec les licences libres. Depuis, les choses ont évolué. Les associations peuvent ainsi disposer gratuitement du test de compatibilité (seuls les éditeurs doivent payer). La certification est en outre possible pour les logiciels Open Source.

Surtout, l'annonce médiatisée début 2003 d'une redistribution des bénéfices du JBoss Group auprès de 37 développeurs participant au projet JBoss cachait en fait de profondes dissensions au sein de la communauté. Cela a débouché début juin sur le départ de 7 consultants JBoss (dont semble-t-il deux appartenant au JBoss Group) et la création de la société Core Developers Network. Marc Fleury minimise l'impact tant commercial que technique de ces départs, d'autant qu'il reste le gardien de la marque JBoss.

Le problème viendrait de Marc Fleury, accusé d'orienter ses choix en fonction de critères exclusivement commerciaux. Ainsi pouvait-on lire récemment sur Newsforge : « Marc Fleury est la pire personnalité de CEO dans toute l'histoire des affaires. Les caprices de son comportement tyranique et de son tempérament immature donnent à JBoss un oeuil noir dans l'industrie et les font ressembler à une bande de gamins sortis du supérieur ».

La vision de Sun Microsystems

Bien qu'étant un contributeur important de la communauté Open Source (Open Office, notamment), Sun ne ménage pas ses critiques vis-à-vis de la communauté lorsqu'il s'agit de serveurs J2EE.

Courant 2002, Sun a décidé de distribuer son serveur Java (Sun One) gratuitement pour Solaris, Linux et Windows, de façon à diffuser J2EE.

Il a à la même époque critiqué ses concurrents Open Source de tarir les revenus liés à J2EE et d'ainsi empêcher Sun de financer une R&D et un marketing suffisants pour contrer l'initiative .NET du concurrent Microsoft.

La concurrence s'organise

Face à JBoss, d'autres alternatives Open Source existent. Citons tout d'abord Midgard et Zope (de Zope) et ensuite Enhydra (de Lutris) et Jonas. Les deux premiers ne sont pas compatibles J2EE, au contraire des deux suivants.

Zope et Midgard sont principalement destinés à des sites à contenu éditorial. Chacun est programmé dans un langage différent : respectivement Python (plus quelques parties en C) et PHP.

Zope, géré par la société Zope, évolue vite. Parmi les contributeurs extérieurs, on peut notamment citer la société française Nuxeo (créée par Stéfane Fermigier, de l'AFUL), éditeur du logiciel de travail collaboratif Nuxeo CPS, basé sur Zope. Zope présente la particuliarité d'être complètement orienté-objet : on ne raisonne plus en terme de page, mais bien d'objet, chaque objet disposant d'un comportement, d'une logique et d'une présentation différente.

Midgard est un système de gestion de contenu plus classique. Distribué sous licence GNU, il est comparable à PHP-Nuke et ses dérivés : PostNuke, Xoops, etc. Il ne peut donc pas vraiment être vu comme un serveur d'applications et se révèle plus un concurrent de Plone, par exemple, que de Zope.

Deux versions de Enhydra ont coexisté : Enhydra Enterprise et Open Source Enydra. Techniquement, Enhydra Enterprise reprend la technologie EJB de JOnAS. Tous deux s'appuient sur Tomcat comme moteur de servlet. Enhydra Enterprise est compatible J2EE. Il est notamment utilisé par l'IEEE et Ciao.fr.

Cette coexistence de deux versions provient d'un problème de licences entre Lutris (l'éditeur d'Enhydra) et Sun (à l'origine du langage Java et de la spécification J2EE). La première version, Enhydra Enterprise, est compatible J2EE et propriétaire (suite au problème de licence mentionné plus haut). La seconde, Open Source Enhydra, est compatible Java/XML (mais pas J2EE) et est publiée sous licence Open Source EPL (Enydra Public Licence) dérivée de l'OPL. Après l'arrêt des activités de Lutris en 2002, Enhydra a été intégré aux projets du consortium international Objectweb, qui développe notamment JOnAS.

JOnAS, un outsider se développe

Concurrent sérieux de JBoss en France, JOnAS est développé par la société Evidian (anciennement Bulsoft) et s'inscrit aujourd'hui dans une initiative appelée ObjectWeb. Mi-2001, JOnAS avait été téléchargé environ 40.000 fois.

ObjectWeb est un consortium créé en 2002 (l'initiative date de 1999) auquel participent notamment France Telecom R&D (ex-Cnet), Bull et l'INRIA. Il a été rejoint en 2003 par un acteur majeur de l'Open Source, Red Hat. ObjectWeb est parti de la mise en commun en 1999 de l'ORB Jonathan, de France Telecom, et du conteneur EJB Jonas, de Bull. L'un comme l'autre n'avaient aucun avenir commercial. ObjectWeb montre donc un bel exemple de pérennité dû à l'Open Source. ObjectWeb joue un rôle de fédération et de mutualisation des efforts de R&D. Il s'attache à construire une plate-forme middleware (ou intergiciel) standard (J2EE, Corba, XML, Globus, etc) et complète en Open Source.

Chaque membre du consortium apporte des ressources humaines et des contributions en nature. Bull consacre à ObjectWeb une vingtaine d'ingénieurs, des développeurs travaillant sur JOnAS, des chefs de projet et plusieurs personnes chargées de la promotion du consortium. L'ordre de grandeur est le même chez France Telecom, avec des chercheurs affectés à la définition des spécifications des composantes de la plate-forme. L'INRIA apporte ses chercheurs intéressés, mais dispose en outre d'un budget spécifique et de trois personnes pour la gestion quotidienne.

Le consortium remporte un succès grandissant puisque, après l'adhésion de Red Hat, c'est la fondation Apache qui a décidé de coopérer techniquement avec Objectweb dans le cadre de son projet Geronimo de serveur d'applications compatible J2EE.

Quelle place pour les serveurs d'applications propriétaires ?

Les analystes prévoient l'émergence de serveurs d'applications spécialisés, notamment pour la présentation d'informations sur des terminaux mobiles.

Ils prévoient également que la bataille se portera surtout sur la richesse fonctionnelle, la cohésion du produit, la qualité des outils, le prix, le support de produits tiers et les compétences des développeurs.

De ce côté, les éditeurs propriétaires gardent leurs chances. Microsoft compte ainsi intégrer un serveur d'applications dans Windows 2003 Server, espérant profiter de la diffusion de son système d'exploitation. Par ailleurs, les produits libres sont réputés pour convenir surtout pour des applications plus simples. Ceci étant dit, les éditeurs propriétaires n'hésitent pas à se baser sur des composants libres. Citons IBM, dont le Websphere Application Server (WAS) Express est en fait un Tomcat packagé, avec un atelier de développement simplifié basé sur Eclipse, un serveur Web Apache et un outil d'administration. Son prix à la mi-2003 était de 1.800 euros !

Quelques réflexions sur l'organisation de JBoss et JOnAS

  1. JOnAS et JBoss diffèrent fortement par le mode d'organisation. JBoss est "contrôlé" par une société dirigée par un leader fort, au contraire de JOnAS, géré par un consortium. Les problèmes récemment rencontrés par JBoss n'invalident pourtant pas la gestion de projets libres par des sociétés privées. Zope ou Trolltech sont deux exemples d'une cohabitation globalement positive avec la communauté. Pour l'entreprise, le succès de cette cohabitation exige néanmoins un bon contrôle préalable ainsi qu'une bonne dose d'ouverture côté management. Le consortium qui soutient JOnAS évoque pour sa part davantage le principe de l'édition mutualiste, naturellement plus ouvert. Tomcat recourt pour sa part a un troisième mode d'organisation -la fondation- efficace à long terme et néanmoins ouvert aux entreprises.

  2. La modularité des solutions Open Source et les possibilités d'échanges de code entre projets sont apparues comme deux points forts des solutions Open Source : Tomcat comme serveur de servlets pour Enhydra, JOnAS et JBoss ; module EJB commun à Jonas et Enhydra ; etc.

Quelques sources :

  • Blin L., Interview de Stéfane Fermigier, fondateur de Nuxeo, JDNet développeurs, 30 janver 2001.
  • Fleury M., Why I love professional Open Source, JBoss Group, 2003.
  • Anonyme, JBoss partage ses bénéfices avec l'Open Source, LinuxFr, 26 mars 2003.
  • LaMonica M., Behind the story at JBoss, News.com, 31 mars 2003.
  • LaMonica M., Open Source threatens Java servers, ZDNet, 14 février 2003.
  • Thévenon D., 7 serveurs d'applications Java destinés aux PME, Indexel.Net, 01 juillet 2003.
  • Crochet-Damais A., JBoss se dote d'une infrastructure de portail, Journal du Net, 11 mars 2003.
  • Becker D., Developers split form JBoss Group, CNET, 6 juin 2003.
  • Davy P., Le consortium Objectweb veut placer l'open source sur le plan industriel, 01Net, 16 juin 2003.
  • Rupp N.A., The JBoss Group forks, The inquirer, 4 juin 2003.
  • Buret C., Comment MySQl et JBoss marchent sur les traces de Linux, ZDNet, 6 juin 2003.
  • Taft D.K., JBoss warms spinoff against 'forking' code, eWeek, 10 juin 2003.
  • Blin L., Serveurs d'applications : l'appel du Libre, JDNet Solutions, 2001.
  • Borderie X., Présentation de Zope, JDNet, 4 mars 2003.
  • Anonyme, J2EE/Enhydra : le jeu étrange de Sun, LinuxFr, 11 août 2001.
  • Anonyme, Sun One est open source ?, LinuxFr, 27 août 2002.
  • Anonyme, Enhydra est bien vivant : nouvelle version, LinuxFr, 02 septembre 2002.
  • Anonyme, Objectweb et Apache annoncent leur collaboration sur le middleware J2EE libre, LinuxFr, 09 décembre 2003.
  • Mortbay.Com / Mortbay.Org
  • Enhydra.Org
  • Midgard-Project.Org
  • Zope.Com / Zope.Org
  • Consortium.ObjectWeb.Org

Posté le 26 janvier 2004.


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